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Tout là haut à Castelnaud, directement au pied de l’imposant château, la boutique atelier du tourneur sur bois se mérite, au terme d’une promenade sportive sur le sentier abrupt.
Ce métier, venu du fond des âges, Didier Demol est carrément tombé dedans, très jeune et avec passion. Exactement à 14 ans, à l’occasion d’un long apprentissage chez un artisan menuisier ébéniste, patron à l’ancienne, un de ceux qui s’appliquent à transmettre à la fois tous les secrets de leur savoir faire, mais aussi l’amour de ce qu’ils font. Didier y a découvert l’art du tournage à main levée, en tenant l’outil (la gouge) en main. Des traces de ce métier ont été relevées à l’âge de bronze, cet art est aussi représenté dans les hiéroglyphes égyptiennes. Au moyen âge, on tournait le bois dans des lieux producteurs d’énergie, usines à vapeur, moulins… Les tours étaient à pédale où archet comme il en existe encore au Maghreb. Au siècle dernier, 80% des tourneurs travaillaient sur des tours à pédale, installés généralement dans des moulins à eau. Ainsi la tradition populaire affirme « qu’un moulin cache toujours un tourneur et qu’un tourneur cache toujours un moulin »
Aujourd’hui, le tournage est un peu oublié, la société de consommation proposant tout…tout fait !
Après cinq ans d’itinérance en France auprès de différents tourneurs (devenus rares avec l’apparition des tours automatiques) Didier créé son premier atelier à Gisors, puis choisi le Périgord dès les années 90 pour installer sa famille. Dans son atelier du moulin de la Ladière (équipé d’un tour électrique) au Coux, il fabrique des objets décoratifs, lampes, chandeliers…travaille sur commande et sur mesure à la réalisation de balustres d’escalier, à la reproduction de pièces destinées à la restauration de meubles. Travail de grande précision exécuté a l’aide du compas et du pied à coulisse. Les essences les plus utilisées sont, platane, hêtre, charme, buis. Le buis, bois très dur se travaille en rondins et non en cube comme les autres. Du bois bien sec, préparé dans le temps car il faut un an de séchage par centimètre d’épaisseur.
Pour compléter son activité, Didier, après un passage au village du Bournat, a ouvert sa boutique atelier à Castelnaud. Boutique qu’il partage avec Bernadette son épouse, potière et Chantal qui propose des tableaux de fleurs séchées. Une collaboration avec le réseau « Bienvenue à la ferme » lui assure de nombreuses démonstrations sur foires et expositions. Là, il élabore un jouet, désuet chez nous mais encore en vigueur dans des pays en voie de développement, la Toupie. Appelée « Périnquette » en Périgord, « Birdou » en Bretagne, « Sibo » en Gironde, « Siboulo » dans le Médoc, « Moine » dans le Poitou, où tourner se dit d’ailleurs « moiner » …
Devant les yeux ébahis des enfants (qui en oublient quelques instants leur chère console), ceux brillants de nostalgie des anciens, il élabore en un tour de main ce petit objet ludique que l’on fait tourner à la main ou lancé à la ficelle. Au départ un banal cube de bois. Le tour lancé, la gouge attaque le bois et sculpte la forme, les particules de copeaux jaillissent et vont crépir le bras de l’homme… puis, vient le brunissage décoratif par frottement d’un autre morceau de bois, une fumée légère s’envole… et enfin, le pinceau, enduit d’un mélange de vraie cire d’abeille, térébenthine et huile de lin, qui donne la patine… la touche finale le clou…et voilà ! Tourne, tourne la Périnquette… C’est magique !
MF
Publié page magazine "Réussir le Périgord" juillet 2010