Mercredi 8 septembre 2010
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Montferrand du Périgord, à l’écart des grandes ruées touristiques, le village a gardé une grande authenticité. Il est accroché a flan de coteau, traversé par une
abrupte rue principale qui semble grimper vers le ciel. A moitié côte, la place au pied du château, abrite une halle de belle facture, la mairie salle des fêtes et un très ancien calvaire. Une
grande maison, sur l’un des côtés, est encore ornée d’une enseigne en fer forgé « Café » vestige d’un temps révolu. Accroché au portail qui mène à la cour, un drôle de petit bonhomme
métallique multicolore (ressorts et boulons) brandit une mini pancarte rouge « Bonjour !»
Si vous franchissez le portail, vous entrez dans le petit monde enchanté d’André Coudert, annoncé par de drôles de sculptures métalliques et un grand panneau
« Le forgeron, la forge et les Rintintins ». Les premiers Rintintins, étranges personnages, tout droit issus de l’imagination fertile de notre forgeron artiste, sont les sentinelles
qui accueillent le passant et l’invitent a pénétrer dans ce qui fût l’atelier du forgeron/maréchal ferrant. L’ancienne forge et son énorme antique soufflet sont toujours là. Plusieurs
générations d’outils aussi, le tout agrémenté de textes et pensées humoristiques. Mais l’essentiel de l’espace est occupé par l’armée des Rintintins, colorés, naïfs et souriants, pas un seul qui
fasse la moue… Un art rare du détournement d’objets les plus divers. Ici, ressorts, couvercles, poêles, couverts, boulons, écrous, roulements, moteurs et autres ferrailles ont trouvé une seconde
vie dans les mains du forgeron. Une touriste et sa fille, entrent dans le monde des Rintintins avec des exclamations de joie « Nous venons de voir Alice au pays des Merveilles au
cinéma, la fraîcheur de ces œuvres nous donne la sensation d’être encore dans le film »

Heureux André Coudert souri, il ne rechigne pas à allumer la forge, actionner le vieux soufflet poussiéreux et faire une démonstration de frappe d’un fer rougi. Ni
a raconter « Son temps » et « son Montferrand »
« Quant j’avais 14 ans, en apprentissage avec mon père, il m’enseignait la frappe à deux. Mon père tenait le fer d’une main et frappait de l’autre. Moi je
frappais avec le marteau de 2,5 kilos à long manche. De quoi se faire des muscles ! Si je perdais la cadence, mon père, peu patient me chassait d’un coup de pied au derrière en s’écriant _
Pour être forgeron, il faut être grand, fort et bête ! Toi, tu n’est que bête !_»

Nostalgique, le forgeron ? Oui, du temps où la forge fabriquait les fers pour les chevaux et les vaches d’attelage, boulons et écrous, tout quoi !
Pourtant le travail était dur, de l’aube à la nuit, car les paysans menaient leurs animaux dès trois heures le matin. Ce temps où l’on se réunissait, où les travaux se faisaient entre voisins et
où tout se terminait par un repas convivial, de préférence bien arrosé. Sa jeunesse et les kilomètres a vélo pour aller au bal. Les jours de foire et les soirées d’élection dans le café tenu par
son épouse. Il a d’ailleurs rédigé ses mémoires en une quarantaine de pages. Bien sûr que ça n’est pas de la littérature ! Mais un témoignage émouvant et truculent du quotidien d’avant
guerre à nos jours.

« Une fois en retraite, il fallait sombrer dans un terrible ennui où réagir ! Mes Rintintins m’ont permis de continuer, non pas de travailler mais de
m’occuper en m’amusant »

Si l’atelier est surpeuplé c’est qu’André Coudert se sépare rarement des ses créations. Qu’on les admire suffit à son bonheur. Je connais pourtant une
« Blanche Neige » qui a gagné un jardin ami… La locomotive, clou de l’atelier ne sera jamais à vendre. Un des mécaniciens dirige la manoeuvre et l’autre fait cuire des œufs à la poêle.
Elle doit avoir franchit les Pyrénées car une danseuse de Flamenco s’est égarée sur le toit …
Michèle
publié dans la page magazine de "Réussir le Périgord" décembre 2009